jeudi 21 juin 2007

Pour quelques dollars de plus

Compte rendu – Version non publiée

Dennis Cooper nous plongeait dernièrement, dans Salopes (The Sluts), un ouvrage essentiel pour toute personne qui souhaite parler cul et avoir l’air cultivé, dans l’univers des escort boys. Plus précisément, il nous entraîne dans l’univers Internet du fan club de Brad, un escort bien mystérieux, dont les admirateurs essaient de percer le secret (cette expression est bien entendue à prendre dans tous les sens, y compris les pires : si vous êtes bricoleur et que le fantasme qui vous vient à l’esprit comprend une perceuse, pas d’inquiétude, c’est aussi dans l’esprit du livre !).

Au centre des élucubrations de ces obsédés, aussi fascinantes que peu catholiques, un vide : Brad lui-même. Que pense-t-il de tout cela ? Comment voit-il le monde, à travers ses jeunes yeux fatigués ? Pour vous, chers lecteurs, je me suis donc fait journaliste gonzo. J’ai fréquenté la pègre, pénétré les bas fonds de la prostitution, remonté les canaux louches, mis mon nez dans les recoins noirs et sombres : j’ai vendu mon corps.

[…]

Il ouvre la porte, j’essaie de ne pas le dévisager. Que faire maintenant ? Je crains que mon inexpérience ne se remarque trop vite. Mais même dans ce cas ce ne serait pas trop grave. Le client a une quarantaine d’années bien tassées, et si j’ai bien compris, a un faible pour les jeunes rouquins. Ce qui ne lui facilite évidemment pas la vie sexuelle.
Je pourrais faire n’importe quoi, je serai toujours son type. Et pour lui, c’est la seule chose qui compte. C’est pour cela qu’il paie. Je fais passer les maladresses de mon arrivée en lui montrant mon cul en enlevant mes chaussures. Pour qu’il oublie. C’est finalement facile de se faire pardonner. Je n’ai pas encore trop osé le regarder, de peur de le fixer trop intensément. Je ne voudrais pas qu’il croie que je le dévisage. Et il ne faudrait pas faire un blocage si jamais il était vraiment trop moche…

Ce qui est tout de suite plaisant, c’est le pouvoir. Devenir, non pas l’objet de fantasmes, mais le fantasme lui-même. Sentir le désir que provoque le simple fait d’exister à cet endroit, à ce moment. L’avantage m’a sans doute été donné par mon physique un peu spécial (les roux, ce n’est pas le trip de tout le monde) : je suis tombé sur un mec avec un type de garçons très marqué, le genre fétichiste. Chacun aime ce qu’il veut, pour le moment il se trouve que c’est moi.

Du coup c’est lui qui veut m’avoir, qui veut me toucher. C’est un autre avantage : je n’ai pas à faire grand chose. Au moins cela m’évitera de me planter, de faire quelque chose qu’il n’aime pas, auquel il ne s’attendait pas. Pour une première fois c’est sans doute mieux. Il faut y aller doucement… (je parle comme si j’allais recommencer : Prendre de la DISTANCE – UNE fois seulement, pour voir) C’est donc lui qui fait tout, parce que mon corps et ses semblables l’ont dompté il y a longtemps. Il ne pense plus qu’à cela. Toute cette excitation est grisante ! Et maintenant que ce corps tant rêvé est là, il faut le posséder. Pour une heure, pour ** euros.

P. m’emmène au salon. Il pense au canapé :

« Assied-toi s’il te plaît. Tu veux quelque chose à boire ?
-Un verre d’eau, les escaliers m’ont tué.
-Je reviens. »

Faut-il me déshabiller ? Que faire ? Dans la panique, parce que s’il revenait pendant que j’enlève ma chaussette droite ce ne serait pas terrible, je décide de rester habillé. Peut-être qu’effeuiller la marguerite fait partie de son trip… Il revient.

[…]

L’argent dans la poche, je sors de l’immeuble.
Il fait beau ce soir.

1 commentaires:

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